Chers amis,
Nous rentrons ce soir le cœur gonflé d’une émotion que les mots peinent à contenir. Je reviens en effet de ma 13e mission sur cette ligne de front si fragile entre la Russie et l’Ukraine. Treize fois j’ai franchi ces chemins creusés d’ornières profondes, trouées d’obus et bordés de haies déchiquetées, pour rejoindre ces personnes qui refusent de quitter leurs terres malgré le tonnerre des canons. Nous leur avons apporté tout ce que notre camion pouvait contenir : nourriture, médicaments, générateurs et même des cannes pour personnes âgées ! Pour les enfants aux joues creuses et aux yeux trop grands, nous avions glissé des gâteaux, des petites voitures, des poupées, des ballons et des jeux de société. Leurs rires, même timides, ont illuminé nos journées rythmées par la distribution humanitaire et les bombardements.
Les maisons sont vieilles, souvent insalubres, aux murs lézardés par l’humidité et la vétusté. L’électricité et l’eau n’y sont pas assurées en permanence mais heureusement qu’il y a encore des bougies et bons vieux puits ! Les grands axes sont contrôlés par des militaires et il n’y a pas de magasins. Ces femmes et ces hommes survivent comme ils le peuvent, avec une dignité silencieuse qui force le respect. Les paysages sont pourtant bucoliques et on imagine aisément la joie de vie avant-guerre. Partout, les cigognes blanches nichent sur les poteaux électriques, les ruisseaux sillonnent la terre arable où quelques tracteurs osent sortir et quelques églises bravent encore les orages d’acier.
La zone reste très dangereuse et j’ai dû accepter pour la première fois en 20 ans de missions humanitaires de porter un gilet pare-balles et de m’équiper d’un appareil qui indique la fréquence et la proximité des drones qui dardent le ciel printanier. Cette treizième mission fut sans doute l’une des plus périlleuses mais aussi l’une des plus fraternelles. A un check point militaire, un soldat encagoulé de deux mètres nos dit qu’il aime beaucoup la mélodie de la langue française. Des paysans nous fredonnent un petite mélodie typique française. Lors de l’arrêt à une maison, une grand-mère de 89 ans nous sort son accordéon et joue un morceau traditionnel tandis qu’un combat aérien s’engage juste au-dessus de nos têtes ! A chaque fois qu’on annonce qu’on vient de France, les yeux s’écarquillent et un petit mot gentil nous est adressé.
Les gens sont épuisés par cette guerre; leurs visages portent les marques de la lassitude. Pourtant, ils partagent tous le sourire et lui petit moment avec nous, les passeurs venus de l’arrière. Tout comme eux, nous prions pour une fin rapide des hostilités et pour une paix longue, prospère et lumineuse. Une paix où les enfants pourront courir librement sur ces chemins déminés, où les cigognes danseront sans crainte au-dessus des maisons reconstruites et où les habitants seront libérés des affres de la guerre.
Malgré la noirceur des jours, je reviens empli d’optimisme. Car dans le regard de ces paysans, dans le sourire des enfants recevant un simple ballon, j’ai vu briller l’avenir. La paix viendra, belle comme l’aube après une longue nuit. C’est à nous de la reconstruire. Hâtons le mouvement.
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Nikola Mirkovic
Président Ouest Est
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Garçons ligne de front avril 2026
Fille handicapée ligne de front 2026

